Trois réflexions pour vraiment améliorer la position en selle

Le bikefit n’est pas seulement une question de performance, mais aussi de santé et de bien-être pour le cycliste. Dans cet article, à partir d’un cas réel, je souhaite partager trois réflexions importantes sur la manière d’aborder le positionnement en selle de manière professionnelle et consciente.

Le cas : un cycliste de 50 ans et un vélo inadapté
Le client s’est présenté dans notre studio avec une série de problématiques physiques courantes :

  • Ventre proéminent, influençant la posture sur le vélo, en particulier la position des genoux

  • Raccourcissement des ischio-jambiers, typique chez ceux qui ont une faible souplesse musculaire et un poids projeté vers l’avant

  • Redressement de la courbure cervicale, provoquant douleurs et raideurs dans le dos et le cou

À ces problèmes s’ajoutait un autre facteur déterminant : le vélo avait une géométrie typée “course”, extrêmement agressive, avec un guidon très bas, donc inconfortable.
Cette combinaison rendait impossible l’obtention d’une position à la fois confortable et efficace. Pendant l’analyse, trois réflexions me sont venues à l’esprit, que je considère essentielles et que je vous invite à partager.

  1. Les professions non reconnues et la valeur de la formation
    Commençons par un point essentiel : la formation professionnelle. Lorsqu’on souhaite effectuer une étude posturale, plusieurs facteurs doivent être pris en compte.
    Une étude posturale correcte ne peut être réalisée que par une personne ayant une formation spécifique en biomécanique appliquée au cyclisme, et selon moi, ayant également pratiqué ce sport longtemps. Ces deux éléments réunis offrent compétence et expérience, car lorsqu’un cycliste explique ses problèmes, il y a de fortes chances que le professionnel les ait déjà expérimentés lui-même.
    Cela me permet d’analyser la posture du cycliste en profondeur et surtout de l’aider à résoudre ses problèmes, non seulement sur le vélo, mais aussi dans sa vie quotidienne.

Mais un problème subsiste : la posturologie, comme la biomécanique, l’ostéopathie et d’autres approches holistiques, ne sont pas encore reconnues officiellement.
À l’inverse, certains cursus sont trop souvent considérés comme des prérequis indispensables, alors qu’ils ne traitent pas spécifiquement du geste cycliste, de la posture ou de l’analyse du mouvement de manière technologique, scientifique et professionnelle.
Il est donc fondamental de faire appel à des personnes ayant une formation continue et ciblée.
Faire un bikefit ne s’improvise pas : cela implique d’appliquer des compétences en biomécanique, en posture et en technologies, au service du cycliste.

  1. La Smart Bike est un allié indispensable pour un Bike Fitting objectif
    La deuxième réflexion concerne le choix de réaliser l’étude posturale directement sur le vélo du client, au lieu d’utiliser un vélo simulateur (Smart Bike). Mais comment peut-on objectivement résoudre un problème sans un outil de mesure adéquat ?

Dans le cas de ce client, le Smart Bike m’a permis d’analyser et d’objectiver sa mauvaise posture, mais aussi de trouver le réglage idéal, adapté à ses mesures et à ses capacités, sans les contraintes d’un vélo inadapté. De plus, la Smart Bike permet aussi de définir une position intermédiaire, la plus durable possible, sur son vélo personnel.
Faire un bikefit uniquement sur son propre vélo, c’est faire un travail approximatif et incomplet ! Pourquoi ?
Parce que sur un vélo du client, mis à part la hauteur et l’avancée/recul de la selle, on ne peut pas faire grand-chose.
Avec une Smart Bike, la technologie permet d’isoler le problème, de le mesurer et de le résoudre objectivement, en recherchant la bonne plage d’angles corporels. On peut rapprocher ou éloigner le guidon, le monter ou le baisser.
Travailler directement sur le vélo semble plus “pratique”, mais cela revient souvent à adapter le cycliste à un vélo inadapté, sans traiter la cause du problème.

  1. Le vélo vient après, la posture doit être corrigée en amont
    La troisième réflexion est peut-être la plus importante : il s’agit d’une approche différente dans la résolution des problèmes. Certains confrères, face à un vélo inconfortable, préfèrent appliquer des solutions temporaires : dans ce cas, par exemple, baisser la selle pour réduire le drop avec le guidon.

Mais baisser la selle n’est pas une vraie solution :

  • Cela compromet le pédalage du cycliste, créant une surcharge des fessiers et des quadriceps (avec des tensions futures au niveau du bas du dos et des genoux)

  • Cela masque le problème sans vraiment le résoudre

Ma philosophie est différente :

  1. La posture du cycliste doit être analysée et améliorée en amont

  2. Si le vélo est inadapté, il vaut mieux le changer (ou au moins certains composants) plutôt que de “mal s’y adapter”

Dans ce cas, en travaillant sur la posture du client et en testant les bons réglages avec le vélo simulateur, nous avons identifié le vélo idéal pour lui et optimisé sa position en selle.
Cela est possible aussi grâce à notre système IDMATCH, qui permet après l’étude posturale d’accéder à une base de données et de choisir le modèle de vélo du client (ou la marque et le modèle d’un futur vélo), afin de déterminer la taille de cadre la plus adaptée, la bonne longueur de potence, le nombre d’entretoises à placer sous le guidon, la hauteur et le recul de la selle, et bien d’autres éléments.

Le vélo vient après : la santé et la posture passent d’abord. C’est le principe fondamental d’un bikefit efficace, durable, et véritablement investi dans la santé du cycliste.

Conclusion : le bikefit est une capacité d’analyse avec des outils reproductibles
Le cas de ce cycliste de 50 ans démontre à quel point il est important d’aborder le bikefit de manière scientifique et professionnelle. Il ne suffit pas de simplement “adapter” le vélo : il faut une analyse précise de la posture et des besoins du cycliste.

Pour résumer les 3 réflexions :

  1. La formation professionnelle est essentielle pour un service de qualité

  2. Le vélo simulateur est un outil indispensable pour identifier les problèmes et les solutions

  3. Le vélo vient en fin de processus : il faut d’abord soigner la posture du cycliste

J’ajouterais qu’une étude posturale appliquée au cyclisme devrait être réalisée uniquement par des professionnels spécialisés, et non dans des magasins de vélos ou par des kinésithérapeutes, qui ne sont pas familiers avec ce domaine très spécifique.

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